Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?

J’ai déjà dit ce que je pensais de la complexité de l’orthographe française.

Remettons une couche sur le sujet. Deux linguistes belges ont écrit une pièce pour rire de notre orthographe (les canadiens aussi sont parfois moqueurs). Le phonème S peut s’écrire de multiples manières en français.

Par exemple :

  • S dans Seau,
  • C et SS dans Cesser,
  • Ç dans maçon,
  • SC dans science,
  • T dans attention,
  • X dans dix,
  • TH dans forsithia,
  • Z dans Aztèque,
  • STH dans asthme,
  • CC dans succion,
  • SÇ dans acquieait,

Soit douze manières d’écrire le même son ! Tout cela est-il vraiment nécessaire ?

Je signale qu’on demande aux enfants des efforts importants pour apprendre toutes ces subtilités et que nous manquons toujours de bras à l’APESAF pour les aider à travailler sur ce sujet. Inscrivez-vous pour être bénévoles.

Nota : la phrase en titre est extraite d’Andromaque de Racine.

Nota 2 : les linguistes belges sont Jérôme Piron, et Arnaud Hoedt ; vous trouverez leurs nombreuses vidéos sur YouTube.

La dictée de Thierry

Depuis 10 ans, en moyenne deux fois par semaine pendant l’année scolaire, j’aide des enfants à faire leurs devoirs. La moitié du temps, pour les élèves de primaire, cela consiste à les aider à préparer la dictée. La maitresse leur a donné une liste de mots à apprendre. Je leur demande de les lire à haute voix, d’écrire au tableau ou sur une feuille de brouillon et de conjuguer un verbe s’il y en a un dans la liste.

C’est que l’orthographe française est difficile à apprendre, truffée de lettres qu’on ne prononce, de manières variées d’écrire ce qu’on prononce, de pièges qu’on ne peut déjouer qu’en apprenant les mots par cœur.

Prenons un exemple simple, celui de mon prénom. Je m’appelle Thierry en l’honneur de Thierry d’Argenlieu, un des premiers compagnons de la libération, un homme qui était Amiral de la Royale en temps de guerre, et Carme déchaussé en temps de paix. Mes parents étaient patriotes et on sortait de la guerre.

Lors que je rencontre des amis étrangers, leur première question est « comment t’appelle-tu ? »

« THIERRY »

Je sens bien que mon interlocuteur est perturbé. La diphtongue I-E est rare en français et il n’est pas sûr d’avoir bien entendu. Alors la question suivante est « Comment ça s’épelle ? ».  Et là cela se gâte : « T-H-I-E-R-RY »

Pourquoi un H muet ? Pourquoi deux « R » ? Pourquoi « Y » ? Le H ne sert à rien, les deux R ne se roulent pas spécialement, il n’y a pas besoin d’un Y qui s’utilise normalement à la place de deux « I » comme dans Joyeux, Moyen, ou Voyant. On écrirait Tieri, cela se prononcerait pareil.

Dans son article sur le décret de Villers-Cotterêts, publié dans l’Histoire Mondiale de la France[1], Patrick Boucheron nous explique que c’était un moyen qui avait été trouvé pour maintenir un écart entre ceux qui savaient écrire correctement le français et les autres. Un moyen de dégager une élite capable de comprendre pourquoi un mot doit se lire comme cela se prononce ou selon son étymologie. C’est ainsi que les mots d’origine grecque se virent ajouter un H comme dans théâtre, orthographe ou misanthrope. Cela aurait sans doute surpris Molière lui-même. La première édition de sa pièce de théâtre est titrée Misantrope (voir l’illustration en tête de cette chronique). L’orthographe à son époque n’était fixée comme aujourd’hui. Et cette explication ne vaut pas pour Thierry. C’est un prénom d’origine germanique et non grecque. Mais ajouter un H faisait plus chic pour un prénom de roi (Thierry 1er est le fils ainé de Clovis).

Heureusement pour nos chères têtes blondes et brune, le prénom de Thierry est passé de mode. La cote de Thierry d’Argenlieu a beaucoup baissé depuis qu’il a ordonné le bombardement d’Aïphong lançant sur de mauvaises bases la guerre d’Indochine et les guerres de décolonisation françaises. De même le feuilleton Thierry la fronde a beaucoup moins résisté sur nos écrans que Zorro.

Mais il reste encore plein de chausse-trappes pour les enfants. Pourquoi écrire pendant ? Pourquoi est-ce une faute d’écrire pandant, ou pendent, ou encore pandent, qui peuvent se prononcer de la même façon ? Nos amis canadiens se moquent de nous car eux prononcent différemment en et an.

Je ne prétends pas avoir les moyens de modifier l’orthographe. Mais, je signale qu’on demande aux enfants des efforts importants pour apprendre toutes ces subtilités et que nous manquons toujours de bras à l’APESAF pour les aider à travailler sur ce sujet. Inscrivez-vous pour être bénévole.


[1] Histoire Mondiale de la France (édition du Seuil ; 2017) ; ouvrage collectif sous la direction de Patrick Boucheron ; celui-ci a aussi rédigé l’article 1539 L’empire du français, article sur Villers-Cotteret.

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